(Une campagne qui tourne en rond – dernière partie)

Le populisme, voici le gros mot affiché !! Il est la négation du vrai, du concret, du réalisme et du savoir. L’élan populaire déclenché depuis décembre 2010 a fait le lit de cette forme de pensée qui est fondamentalement l’atout de groupuscules qui n’ont jamais réussi depuis des décennies d’existence formelle, à devenir de vrais partis. Les mouvements idéologiques intégristes (comme Ennahdha) ont en profité pour cacher leurs véritables objectifs, entre autres, détruire les digues de la modernité et piéger par un système d’alliances, les mouvements idéologico-politiques de gauche ou de la gauche extrême.

Le populisme, à travers l’histoire des grands changements politiques à travers le monde, a longtemps été un facteur de dislocation des projets nés des philosophies progressistes de l’Histoire et un agent historico-politique de préparation de l’autoritarisme actif. Nous y reviendrons ! Mais pourquoi ?

Nous considérons que le populisme a été finalement le seul produit idéologico-politique clair et franc dans notre pays depuis 2010. Le reste n’est que bricolage idéologico-politique qui cache d’autres réalités et d’autres projets sur lesquels, nous reviendrons aussi.

Visions et discours politiques des campagnes

Ce qui est frappant dans les campagnes électorales 2011et 2014, c’est l’évacuation de la charge idéologique des discours des partis et des candidats en faveur de visions politistes, mais cette escapade n’est qu’apparente, car son but réel est de mettre le discours politique à la sauce de l’idéologie (cachée), d’où la recherche permanente de démarcation, religieuse, politique et sociale qui a failli et parfois a réussi, à dresser les tunisiens les uns contre les autres. Les axes de l’affrontement sont : « Plus réaliste, plus centriste que moi, tu disparais ! » ou « Moins révolutionnaire que moi, moins musulman que moi, tu meurs ! ». Ce qui est inquiétant, c’est surtout le fait de vouloir cacher son idéologie (Islamisme, gauchisme, mafio-politique), ce qui est en soi un des pires projets idéologico-politique. C’est donc l’annonce de la volonté de règne despotique sur la société.

La campagne de 2011 a été plus intense idéologiquement ce que les résultats des élections ont démontré. Celle de 2014 l’a moins été. L’explication de cette réalité, réside dans « la sagesse » pragmatique de l’opinion générale du peuple tunisien, son penchant au changement progressif et sa tendance à vouloir défendre ses acquis progressistes ainsi qu’au réalisme des gens qui se lèvent tôt. Les résultats des élections l’ont montré et cette tendance se renforcera dans l’avenir.

Mais ce qui est désolant dans le paysage politique actuel c’est que l’identité des acteurs principaux est restée dans le clair-obscur festif ! Seuls les partis El Masar, Afek, Nidaa sont identifiables sur les plans idéologique et politique. Al-Joumhouri fût accablé par ses tergiversations, Al-Takattoul apparût comme une blague de mauvaise qualité sonore et la haine empêcha le CPR de quitter son statut de secte.

Cerise sur le gâteau

Quant au parti intégriste et islamiste, il s’est présenté en défenseur de la modernité tandis que les partisans d’Enver Hoxha de Pol Pot et de Staline, se sont mués en défenseurs de la démocratie et du pluralisme. Les Unionistes arabes et les baathistes, sont devenus les alliés et des amis politiques des pays du Golfe et de la Turquie. Roublardise ou médiocrité de pensée politique ? Il reste que nous avons le sentiment que notre petit monde tunisien marche sur la tête !

Les Divisions et polarisations révélées par les campagnes électorales s’avèrent relever beaucoup plus de projets  « personnels », partisans, groupusculaire, sectaires, de défense d’avantages personnels, que de projets à dessin national. Les résultats des élections de 2014 reflètent partiellement une conscience de ce phénomène. Cette tendance s’amplifiera.

Par ailleurs, rien n’illustre cet état d’esprit mercantile et calculateur et de médiocrité de pensée politique, que le ridicule spectacle offert par les positions des partis politique concernant le report des voix au second tour des présidentielles et donc du choix entre Marzougui et BCE. Maitre dans l’art de la (Taquiya), du double langage (vieux de 33 ans), du savoir faire dans l’accommodement avec les impératifs des stratégies impérialistes, le parti Ennahdha a inauguré le cadre de pensée (pauvre et malicieux) du reste des groupes des partis et des politiciens : choisir de ne pas choisir entre les deux concurrents. Leçon d’opportunisme ? Oui, mais, par simple calcul d’idiots qui consiste à ne pas se ranger du côté de celui qui risque de perdre.

Opportunisme tout azimut

C’est une leçon d’opportunisme idéologique, moral et politique. L’objectif est de rester un acteur dans toutes les prochaines configurations politiques. Ne pas céder le terrain gagner et compliquer le jeu des amis, adversaires et ennemis politiques. Mais l’objectif d’Ennahdha est ailleurs. Il s’agit de « coloniser » la société civile et la garder sous contrôle. Il s’agit aussi de bloquer la société politique et de l’empêcher d’évoluer dans un sens non conforme aux objectifs de l’islamisme politique. La taille du parti Ennahdha, sa culture politique, ainsi que ses objectifs cachés et maquillés, permettent ce jeu de mensonge. Alors qu’Ennahdha vote réellement pour Marzougui, ce non choix ne perturbe pas idéologiquement et politiquement ses bases militantes unies dans l’idéologie et même sa base électorale travaillée par l’encadrement politique et religieux. Par mimétisme ou par opportunisme, d’autres partis et groupuscules ont opéré le même choix. Mais ce qui est un art vicieux de la tromperie chez cette dernière, est une incapacité révélatrice d’une incompétence et annonce une entrée en crise chez les autres (Jabha chabia,jomhouri,takatol…).

La comparaison entre Marzougui et BCE n’est pas compliquée, tant les différences sont énormes, claires et tangibles. Attendre pour choisir entre les deux, révèle une mauvaise foi politique (ou plutôt politicienne) et intellectuelle majeure et révèle aussi une volonté de ne pas déplaire à la Nahdha. Nos partis politiques, qui par ailleurs ne contrôlent en rien les électeurs qui leurs ont accordés leurs voix, perdent leur crédibilité lorsqu’ils ne remplissent pas leurs devoirs de clarifier leurs positions et choix en matière d’élection. C’est une disqualification fondamentale qui cache un intérêt inavouable, d’un chef, d’une idéologie non avouée ou d’une incompétence intellectuelle. La position de ces partis « ambigus » est ridicule, car elle consiste à dire aux électeurs : nous ne sommes pas en mesure de vous dire comment et pour qui voter ! N’est ce pas là une auto disqualification ? A quoi servent alors ces partis ? Mais le ridicule va plus loin. Car nous avons un parti islamiste qui n’a pas fait de choix officiel (Ennahdha) mais dont la base vote Marzougui. D’autre part nous avons des partis qui appellent à ne pas voter Marzougui sans appeler à voter pour son adversaire BCE (Jabha, Thalof) des partis comme Joumhouri appellent à ne voter ni pour Marzougui ni pour Essebsi à la fois. Pour qui voter alors ? Il est vrai que le ridicule ne tue pas ! Un autre parti comme Ettakatol qui appelle à ne pas voter BCE sans appeler pour autant à voter Marzougui ! Plus ridicule que ca, tu meurs !

Cette position de « non position » aura des conséquences sur l’électorat possible des partis concernés. Nous savons que ces conséquences dépassent le niveau des électeurs « possibles » pour affecter la cohésion des militants et des cadres. Nous entendons déjà les craquements, remous et démission à Ettakatol et Jomhouri et la suite suivra ! Pour les adversaires de la Nahdha et son candidat réel Marzougui le problème est : comment ne pas voter pour BCE ? Mais pour les adversaires de ce dernier, le vrai problème est comment ne pas avoir été choisi par Ennahdha pour être son candidat réel à la place de Marzougui ?

Une élite politique de ce genre, est vraiment à oublier !!