La victoire annoncée par les trois instituts de sondage de Béji Caid Essebsi sur son concurrent Moncef Marzougui, n’est pas une surprise pour les observateurs politiques avertis. Déjà, les résultats des élections législatives et du premier tour des présidentielles ont révélé la tendance, une lame de fond, qui traverse la société tunisienne depuis deux ans au moins et dont l’ultime consécration fût l’élection du vieux bourguibiste et de son parti « néo-destourien », comme l’appellent ses détracteurs. Un retour de l’ancien régime ont crié ses adversaires ! Non certainement pas, mais un retour à « l’Etat », car qu’est ce que le bourguibisme, si non la prépondérance de l’Etat et l’émergence de l’Etat-Nation. L’échec de Marzougui, c’est l’échec de l’anarchie dite « révolutionnaire » qui a failli en finir avec l’Etat-Nation et nous réduire à un rassemblement de tribus réfractaires à l’ordre, de clans qui s’entretuent et des régions qui se déchirent. Moncef Marzougui cristallisa pour un moment bon gré malgré lui, tout ce qui est rétrograde, réactionnaire, passéiste, lié à l’étranger, bref tout ce qui a constitué l’ennemi du mouvement national avant l’indépendance et l’ennemi de l’Etat post indépendance. C’est vrai qu’il était le symbole du « Printemps arabe » et c’est pour ça que sa défaite sonne le glas de cette phase ou la souveraineté a été dilapidée, l’Etat a été déconstruit et le pays divisé.

La parenthèse du « printemps arabe », qui a engendré des désastres ailleurs, est définitivement fermée chez nous et a donné suite à un vrai et unique printemps tunisien. Il se trouve que Béji Caïd Essebsi a su prendre rendez vous avec l’histoire et incarner ce nouveau printemps. Ce sont les électeurs qui ont décidé cela et c’est un peuple souverain qui a voté. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas BCE, l’histoire n’a que faire des sentiments. La Tunisie opère devant le monde entier un tournant sous les applaudissements de ses amis mais aussi sous le regard attentif de ses ennemis qui guettent un faux pas, qu’ils exploiteront pour encore la déstabiliser. Notre pays a besoin de souffler, de respirer, de savourer son bonheur, de sortir du bout du tunnel car il semble avoir réussi sa sortie cette fois-ci, sauf si des mauvais perdants tentent de le priver de cette joie, mais ils payeront chers cette tentative car on vient de siffler la fin de la récréation et tout le monde doit se mettre au travail pour redresser la situation catastrophique de l’économie, pour rétablir la paix sociale et pour imposer l’ordre républicain. La démocratie est certes, le moins mauvais des systèmes comme disait Churchill, mais c’est désormais aussi le seul destin du pays. Les vainqueurs par conséquent ne doivent pas humilier les vaincus mais les inviter à construire ensemble l’avenir. Les forces qui ont joué le jeu de la démocratie et de l’alternance, quelques soient leurs erreurs dans le passé proche et lointain doivent êtres associées à cette œuvre nationale. Le cycle des règlements de comptes institué par des pseudos-révolutionnaires dont chacun connaît le passif, doit être stoppé. C’est au nouveau Président et au nouveau gouvernement de donner des signes forts. Le Président de la République (non le provisoire) vient d’en amorcer ce soir de victoire, le processus. Il a déjà endossé l’habit d’un chef d’Etat. Tant mieux, car ça fait longtemps que les tunisiens ont oublié cette posture. Mais une hirondelle ne fait pas le Printemps et le long chemin de la reconstruction nationale est devant nous.