Les résultats des élections législatives et probablement des présidentielles attestent que la société tunisienne a rompu définitivement avec le modèle prôné par toutes les composantes de l’Islam politique en Tunisie. Le terrorisme, comme ultime expression violente pour imposer l’instauration d’un Etat théocratique n’est que la manifestation apparente de l’agonie du projet initié par Hasan al Banna et développé jusqu’à l’extrême par Saïed Kotb et Abu al ‘ala al Mawdoudi et qui est devenu le programme stratégique de la confrérie des Frères musulmans, dont le parti Ennahdha n’est qu’une succursale. Ansar al-sharia qui se réclame de l’obédience salafiste n’est tout au plus qu’un avatar, voire même la branche armée de la mouvance de l’Islam politique en Tunisie et ailleurs. Que le Parti Ennahdha de Rached al-Ghannouchi se démarque publiquement de l’organisation terroriste des Ansar, après avoir tenté d’imposer à travers sa majorité à l’Assemblée nationale constituante une constitution rétrograde d’un Etat théocratique et des lois réactionnaires et après avoir tenté via son gouvernement de démanteler l’Etat national, cela ne fait que prouver que le bateau de l’Islam politique est entrain de couler et que les rats quittent le navire. Ghannouchi, le capitaine, a été le premier à s’embarquer sur une chaloupe de sauvetage que lui ont prêté curieusement ses pires ennemis, pour ne pas sombrer et tirer avec lui vers les abîmes de la guerre civile tout le pays, comme c’est le cas en Libye, en Syrie et jadis au Soudan. Sagesse ou faute politique des leaders laïcs ? Seule l’histoire tranchera. Mais il est certain que la décision de repêcher Ghannouchi et sa « famille » est loin d’être prise par les seuls tunisiens. En fait c’est une décision supranationale dont les principaux artisans sont ceux qui ont imaginé, conçu et mis en œuvre le « Printemps arabe » ! Il fallait à tout pris sauver le soldat « Tunisie » précurseur et déclencheur de ce projet conçu depuis le cataclysme du 11 septembre pour en finir avec les Etats dits nationaux, pourtant, pour la plupart, anciens alliés de l’oncle Sam lors de la guerre froide, ainsi que pour garantir la pérennité et la sécurité de l’Etat d’Israël, ultime objectif stratégique des Etats-Unis et de l’Europe. « Créer le chaos » pour faire surgir un nouvel ordre régional au Moyen Orient et au Maghreb (l’Egypte fait partie du Maghreb selon les plans stratégiques américains) est une phrase devenue célèbre de l’ancienne Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Condoleza Raïs des U.S.A, mais qui résume l’essentiel du programme d’avenir tracé par les grands Think Tanks et mis en œuvre par les différentes administrations américaines . Mais pourquoi « sauver la Tunisie » alors qu’on a tout fait pour pousser la Libye, la Syrie, le Yemen et avant eux l’Irak et l’Algérie vers la guerre civile et la destruction des Etats nationaux ? La réponse est autant dans l’histoire du pays que dans sa géographie.

 Deux siècles de modernisme

En raison de sa position géostratégique, la Tunisie depuis le début du 19è a toujours joué les équilibres entre les puissances européennes (France, Angleterre, Italie) et la Sublime Porte. Il fût le premier Etat musulman à reconnaître l’Indépendance des USA, à abolir l’esclavage et à promulguer une constitution. Le mouvement réformiste qui a pris naissance juste après l’établissement du Protectorat français a dés le départ revendiqué les principes universels des droits de l’homme et n’a jamais prôné la rupture totale avec l’Occident. Les USA avaient toujours par la suite soutenu le mouvement national tunisien et son leader Habib Bourguiba, d’autant plus que ce dernier et son parti avait pris la défense des Alliés contre les Etats de l’axe, nonobstant la colonisation de notre pays par la France. La Tunisie est depuis lors, un allié du monde libre contre le socialisme à la soviétique et considéré comme un Etat modéré en raison de la position historique de Bourguiba sur la question palestinienne et le principe des deux Etats. Durant le règne de Ben Ali, la politique étrangère de notre pays n’a jamais varié et même que Tunis a abrité les premiers pourparlers palestino-israéliens avant les accords d’Oslo. Les Usa et les européens ont tenté une évolution en douceur pour pousser le régime à se réformer sans résultats, en témoigne l’article 2 de l’accord d’association avec l’Union Européenne sur les libertés et les droits de l’homme. Même pendant « la Révolution », les différents voyages des hauts responsables américains et européens militaient plus pour un passage « soft » vers un Etat de droit et une démocratie plurielle que vers un véritable changement du régime. Des accords secrets auraient étés établis avec les islamistes d’Ennahdha  pour garantir un partage du pouvoir entre eux et les partis séculiers avec Béji Caïd Essebsi comme chef d’Etat. Ennahdha aurait accepté, avant de se rétracter et substituer à Essebsi une de ses marionettes, Mohammed Moncef Marzougui. Ce parti ne savait pas qu’il avait scellé ainsi son sort et dans une arrogance incroyable, tout en préparant ses légions violentes Ansar al Shari’a et les dites ligues de protection de la Révolution, après avoir renié ses engagements politiques, voulut imposer son programme stratégique de la fondation d’un Etat théocratique sur la terre d’Hannibal et d’Ibn Khaldun. Il avait déjà ainsi signé son arrêt de mort en tant que parti salafiste pur et dur et fût prié parfois avec diplomatie et souvent par des pressions insoutenables , non seulement à quitter le gouvernement mais à se faire Hara Kiri et se transformer en parti politique et à renoncer définitivement à son programme stratégique :Instaurer un Etat islamique ! Les évènements d’Egypte et les conséquences catastrophiques sur l’organisation mère des « Frères », allant jusqu’au risque de voire déclarer par le parlement américain, son équivalent anglais et d’autres institutions occidentales cette organisation et ses succursales comme « terroristes » ont fini par convaincre Rached Ghannouchi et les plus intelligents parmi ses adeptes à accepter sans hésiter toutes les conditions qui leurs sont imposées. La géographie a fait le reste, la Tunisie étant voisin de l’Algérie qui était sur la liste des pays à « démocratiser » par l’Emirat nain du Qatar via des maquis jihadistes instaurés à Chaambi et la zone frontalière entre la Tunisie et son voisin de l’Ouest et voisin de la Libye devenue un nouvel Irak ou des groupes radicaux et terroristes se partagent le vaste territoire du fait de la disparition de l’Etat libyen décimé par les coups de boutoir de l’OTAN.

Pour les stratèges américains, la Tunisie fait désormais partie de ‘l’intérêt national américain’ et la défense de ses frontières est devenu un impératif stratégique et militaire américain pour endiguer le terrorisme qui menace désormais directement les pays de la rive sud de l’Europe et donc les frontières de l’OTAN. Il faut donc sauver et protéger le soldat « Tunisie ».

L’Unité nationale contre qui ?

Voici comment le rapport de l’US Departement of State sur le terrorisme pour l’année 2013, qualifie la situation en Libye : ‘In Libya, lack of countrywide security cooverage contribueted to a high threat envirement. Libya’weak security institutions, coupled with ready access to loose weapons and porous borders provided violent extremists signifiant opportunities to act and plan opérations.’ On en conclu   que le danger pour l’Europe vient de Libye et qu’une zone tampon entre ce continent et la zone de turbulence en occurrence la Libye doit être instaurée. La Tunisie sera cet Etat tampon qu’il faut défendre et ou il faut déjà installer un gouvernement démocratiquement élu et dont il faut renforcer les capacités guerrières de l’armée. Chose faite déjà puisque en plus d’un processus de transition accompagné jour par jour et heure par heure par les chancelleries occidentales à Tunis, les USA ont fourni plus que 400 millions de dollars d’armes payés par des prêts.

Mais un problème subsistait, comment faire des élections démocratiques tout en assurant impérativement l’émergence d’un gouvernement « d’Union nationale » qui représente toute la classe politique tunisienne. Tout d’abord pourquoi un gouvernement d’Union nationale et non pas un Gouvernement de la majorité comme le veut la tradition démocratique ?

La réponse, on la trouve dans un rapport pondu par un Think Tank connu sous le nom de ‘ International Crisis Group’depuis Bruxelles le 21 octobre 2014, quelques jours seulement avant le déroulement des élections législatives. Il est écrit «  At The heart of this anxiety (l’angoisse des tunisiens » are an increase in violence along the Algerien border, the chaotic situation in Libya ; and the advance of radical islamism in the Middle East (DAECH) al made all the more acute by an alarmist anti-terrorist discourse”   Tout ça pour en arriver à la conclusion suivante :” In the near terme, it is crucial for the main political, traid Union and civil society forces-both islamist and non-islamist- to maintain a consensual approach to public security and for the authorities to adopt a calmer anti-terrorist discourse so as to prevent renewed polarisation” . On comprend dés lors le revirement radical de Ghannouchi , qui informé par ses contacts de la position des pays occidentaux prône soudainement la concorde national et le consensus « al-wifak ». C’est que Ghannouchi ne peu plus se payer le luxe à déplaire à « ses amis » américains qui sont se véritables sponsors via le petit Emirat du Qatar. Il n’y a que Marzougui, qui ne semble pas avoir compris. Il comprendra ça à ses dépens. Et les stratèges du groupe de conclure : ‘ Similarly, the government-or its successor- should increase security cooperation with neighbouring Algeria pursue creation of new national Agency Intelle, agence and dialogue xith contraband cartels that agree to stop trade in dangerous goods, encouraging them to collaborate with the autorities on the security front’. En plus du programme bien ficelé du prochain gouvernement qui sera immanquablement celui de l’Unité Nationale, voilà ce que « recommande » le groupe : The challenge is to prolong the consensus that emerged from the national dialogue and prevent the return of political polarisation, even through potentially decisive elections’. Ce n’est pas fini nos stratèges pensent à tout car ils poursuivent qu’en cas , d’un vote qui crée un déséquilibre pour une partie au dépens d’une autre, il faut imposer des garanties aux vainqueurs à l’égard des vaincus. ‘ Rather than focusing only on power sharing- which will work only in the event of reasonable balance between islamists and secularists at the ballot box- stake holders should prepare tii for other results, particulary by limiting the power of electoral winners and offer any assurances to losers..’

S’il est vrai que si un tel processus garantie le no retour au despotisme et à l’hégémonie d’un seul pati ou famille politiques, il n’en constitue pas moins une garantie de non retour à l’hégémonie de l’Islam politique comme ce fût le cas lors des deux gouvernements de la Troïka. L’objectif stratégique d’un tel programme étant l’éradication du terrorisme, représenté chez nous par Ansar al-Shari’a, les ex-amis de Ghannouchi Ellouz, Chourou et consorts, le parti Ennahdha contraint d’y adhérer même à contrecoeur , saborde lui-même son projet stratégique bon gré malgré lui et sera ainsi le fossoyeur de l’Islam Politique. On ayant été tenté par le jusqu’auboutisme des ansar al-shari’a , ayant eux-mêmes sombré dans le terrorisme par le passé, les nahdhaouis sont mis devant le choix difficile de se renier ou de périr. Ils semblent avoir choisi pour le moment la première solution. A moins d’un renversement radical de la situation régionale et internationale, la parenthèse du règne éphèmère de l’Islam politique est définitivement fermée. La montée en puissance des conservateurs aux USA, qui prônent une rupture avec les organisations de l’Islam politique qu’ils accusent d’avoir trahis leurs engagements avec les USA, va encore accentuer ce processus. Pour l’Islam politique GAME OVER.