Nous voulons faire télescoper trois temps : d’abord, le temps de Bordj Cédria, la Potinville du protectorat, ce temps de la première génération de villes industrielles, un certain 11 Septembre 1925, ce temps des ouvriers pour les militants de l’indépendance et du nationalisme ; le temps, d’autre part d’un certain 11 Septembre 2011, le temps de la CEDAW, du procès des ouvrières non plus des ouvriers, ainsi le procès de la syndicaliste E. Jebali, ouvrière d’une entreprise française en Tunisie (La SATALEC, filiale d’airbus), un procès qui doit se tenir avant la fin 2014 : le temps des ouvrières pour les militants de la démocratie et de la transition démocratique. Enfin, le temps du dernier bourguibisme, celui de la réforme bancaire, de la réforme fiscale, des réformes arrêtées, ajournées par la parenthèse Mestiri, par la parenthèse Ben Ali, par la parenthèse Nahdha.

Avant d’en venir à chacun de ces trois récits ou mythes, une question de méthode nous taraude. Les grèves des ouvriers de 1925 couvraient les nouvelles de la dépêche du protectorat, les grèves des ouvrières de 2012-2013 couvrent les nouvelles de France Culture. Que se passe-t-il pour que le féminisme officiel de la presse française en vienne à hypothéquer les fiançailles de l’ouvrier à l’ouvrière. Il est symptomatique, de ce point de vue, que le programme officiel d’un parti comme Nahdha, au pouvoir à l’heure des grèves des ouvrièr(e)s SATELEC, propose pour Octobre 2014 : un programme pour la femme rurale dans la rubrique du programme pour les femmes, cependant qu’il ne propose pas de programme rural dans sa programmation de/ pour l’économie. Dieu vous garde d’entrer dans Potinville, si vous n’êtes modernes, mes Nahdha, si vous n’avez l’esprit beylik (rizq bilik).

On développe, on investit dit l’ouvrier à la bergère. Et le berger à l’ouvrières : il faut des ministres des régions. Mais le berger et l’ouvrier ne payent pas l’impôt unique en Tunisie. L’opposition financière ici, l’inégalité de l’impôt, hypothèquent en cette volonté de beylité la réforme des fiançailles. L’esprit beylik, du reste, résiste aussi bien à l’impôt unique – égalité du berger et de l’ouvrier ?- qu’aux fiançailles uniques. Ainsi, la crise de la monogamie est plus aisément résolue par la promesse de quatre mariages en un que par la promesse d’un fiancé gawri par fiancée ouvrière. Un berger pour toutes. Un gawri pour une. Et comme au temps du bey où tout le beylicat se résumait pour le tiers état en perception des impôts et redevances. Un impôt pour tous. Un gawri pour l’exemption d’impôt. Ainsi va la République. Et que nul n’entre dans Potinville s’il n’est républicain, mes nahdhas. Et ainsi va la volonté de modernité : Autrefois, l’impôt pluriel et le parti unique. Aujourd’hui, l’impôt unique et la pluralité des partis. Mais voici le récit.

Mansour Moalla, un sage raconte la Troïka, raconte et dit : « La modernisation consiste à avoir un seul impôt général sur le Revenu par la suppression des impôts cédulaires. Ainsi, aussi bien les revenus salariaux que les autres, bénéfices industriels ou commerciaux, revenus des valeurs immobilières, loyers, etc.…sont soumis au même régime de taxation. A côté de cet impôt général qui concerne les personnes physiques, on conservera l’impôt sur les sociétés mais on réduira la cascade d’impôt ». Il raconte et dit que la réforme fiscale et la réforme démocratique empiètent l’une sur l’autre et se compromettent réciproquement. Et puis, une république des partis n’est pas une république des députés : on instaurera ou non la barre des 5 pour cent de voix à recueillir en conséquence. C’est là la réalité, le fond de ce qu’on a appelé depuis le fond de l’anti -démocratisme de Bourguiba et le tournant manqué des années 80. Mansour raconte et dit : « A peine la réforme fiscale approuvée en Décembre 82 et sa mise en place effective au cours des premiers mois de 1983 que la crise allait se précipiter ». Il raconte que « le soir de grâce était terminé le 1er Novembre 81, le MDS de Mestiri ayant récupéré les voix Nahdha ».

Plus tard, Bourguiba défunt, la loi sur les associations pouvait contourner l’impôt sur les sociétés. C’est l’histoire de l’Institut Arabe des chefs d’entreprises et de la banque commerciale. La banque islamique, elle, recrée l’intérêt beylic : la cascade des intérêts cédulaires. La fusion des capitaux, avec ça fait émerger la personne non les sociétés. Autrefois le Maghreb des cousins, et un jour le Maghreb des beaux frères, se lamente le peuple benaliste. Ou alors, la fusion des capitaux jamais n’homogénéise le revenu de personne et le revenu de sociétés, ne généralise l’impôt, et la richesse des nations jamais richesse des peuples ne serait devenue.

Mais nous voilà emportés loin de Potinville : sa langue est l’Islam, elle, l’Arabe est sa religion.

 Radio Potinville bis : Jamais sans mon coopérant

Nous voulons faire télescoper deux temps : 1925-2013. Entendons l’émergence du mouvement syndical à Bordj Cédria, ce mythe des commencements, d’une part. La petite création par un noyau de base syndicale dans la délocalisation Airbus en Tunisie, par de petites ouvrières de Fouchana venues, cependant que Mr M.Jomâa était ministre de l’industrie de la Troïka : menus mythes de notre actualité. , chose méconnue,

Un certain 11 Septembre 1925, donc, a d’abord lieu à l’occasion de la grève de Bizerte, chose remarquable, non l’indépendance de Potinville, mais l’accord entre les grévistes des sociétés. C’est Tahar Haddad, lui-même, qui en témoigne, dans son livre, Les travailleurs.

Tahar Hadda parla et dit qu’à l’ « occasion de la grève de Bizerte, la police est intervenue brutalement au moment où l’accord entre les grévistes et les sociétés était imminent ». La syndicaliste E. Jbali, un siècle après les évènements de Bizerte, estime que les sociétaires français firent d’abord preuve de sollicitude sinon de compréhension, face à la grève de la faim qu’elle observe. Toutefois, le politically incorrect l’emporte ; le syndicat central, régional, de base…où l’employée lutte (UGTT), hésite, convaincu par la ligne du ministère de l’industrie (embauchez-vous). Et comme la loi de protection du responsable de grève est improbable, alors…C’est, du reste la position du front populaire : les syndicats tunisiens n’ont pas les mêmes droits que les syndicats français. Il nous faut revendiquer les mêmes droits. Pourtant il nous faut télescoper les récits, retrouver la grandeur des commencements, recommencer. Mais qui ?

Autrefois Mohamed Ali pensa et dit à l’Union des syndicats français : « Si vous adhérez, vous et vos pareils, à nos syndicats, vous serez à même de combler ces lacunes ? Ne progressons-nous pas grâce à notre mutuelle coopération ? Entre ouvriers, je ne conçois pas qu’on dise vous et nous ».

Tahar Haddad y repensa et dit, comme plus tard Bourguiba à Mestiri, que c’est la faute à la démocratie des partis. Haddad parla et dit : « En France, le gouvernement n’est que le reflet des partis de la majorité parlementaire, et, en même temps, un instrument docile entre leurs mains ». En quelque sorte, pour paraphraser Essebsi, en France, le gouvernement n’est qu’une Mehrzia Lâabidi ; ce pourquoi, en France, Mehrzia Lâabidi n’est qu’un gouvernement. Et, ce pourquoi, mes Nahdhas, ce pourquoi, en France, Essebsi n’est qu’un gouvernement bourgeois. Ce pourquoi, en France, l’ouvrier E. Jebali est une tunisienne.

Et dores, La Dépêche du protectorat parla et dit : « Le parti socialiste (CGT) a voulu faire de ces anciens ou nouveaux bourgeois des adeptes dévoués à l’Internationale ouvrière. Monsieur Jouhault a passé moins de huit jours en Tunisie et devait reconnaître l’erreur commise par l’organisation dont il est le secrétaire général. Car la jeunesse Tunisienne n’a jamais été socialiste, internationaliste, et même communiste. Ou plutôt, elle est socialiste et internationaliste et même communiste dans la mesure où le socialisme, l’internationalisme et le communisme permettent de combattre plus ou moins ouvertement le Protectorat en faveur de l’Indépendance Tunisienne. La jeunesse Tunisienne est décidément nationaliste. ».

Malheureusement pour cette jeunesse, elle n’écrit pas sur son corps qu’elle est imposable. Ainsi donc, deux dangers menacent la nation, dit le français à la tunisienne, l’internationalisme et le nationalisme. Deux dangers menacent le nationalisme : anciens ou nouveaux bourgeois, dit le tunisien à la française. Deux dangers menacent le bourgeois, dit la tunisienne au français, la nation et le nationalisme. Ce n’est donc pas la veille que LA SATELEC (filiale Airbus) répondait à l’impôt en cascade, imminent pour elle, à l’orée de sa décennie d’exemption d’impôt, en lieu et place des patronats, ou mieux, des nationnats.

Enfin, comme dirait, comme dit Frédéric Mitterrand, les démocraties populaires et les nations occidentales signent leurs chèques en propagande, mais la charité chrétienne n’a plus droit aux missionnaires. Dans le jardin de la cathédrale, les oiseaux de Somalies.