Cher Président,

Dans son livre entretiens avec « Bourguiba Jr, Notre histoire » (Page 371) Mohamed Karrou demande à Bibi : Qu’en est-il des islamistes modérés et qui sont contre la violence ? HB Jr répond :  « Ou est-ce que vous les voyez ? Non, ils n’existent pas ! Soit ils sont faibles et ils font semblant d’être modérés, en attendant d’être forts pour passer à l’assaut, soit ils se sentent forts et ils sont nécessairement violents ; ou alors on les qualifie improprement d’islamistes. Tous les mouvements islamistes constituent une négation de la vie ensemble, de la démocratie en particulier et de la vie humaine tout court…». Telle était l’opinion que portait Bourguiba Jr sur les islamistes et cette opinion était aussi bien évidemment celle du président Bourguiba.

Notre Tunisie compte aujourd’hui des islamistes. Certains de leurs leaders excellent dans l’art de l’ambivalence, de l’ambiguïté, de la duplicité et du double langage. Parfois ils tombent   carrément, dans la mauvaise foi, l’hypocrisie et la sournoiserie .Ils dissimulent leurs véritables projets et finissent malheureusement par trahir leurs engagements. Ils sont aujourd’hui interdits dans certains pays, tolérés dans d’autres et continuent à faire partie de l’équation politique dans deux ou trois pays dont le nôtre. Il est vrai qu’au même titre que les autres tunisiens, ils ont le droit de participer à la vie politique, tant qu’ils se conforment aux règles érigées par la République.

Le premier tour des élections présidentielles vient de rappeler une nouvelle fois, aux plus naïfs d’entre nous, la difficulté de composer avec les islamistes et l’impossibilité de se fier à leurs promesses. Peut-on raisonnablement gouverner avec les islamistes ? Cette question divise nos cadres et militants. L’équation politique et la facilité nous les impose. La loyauté à tous ceux qui ont voté pour Nida et pour le camp démocrate devrait les exclure du champ du gouvernement. Toutefois l’équation est aujourd’hui complexe car nous n’avons pas, lors des élections législatives, réussi à dégager une majorité confortable et ce en raison de déperditions électorales dues vraisemblablement à notre insuffisance de rigueur et d’engagement. En effet, c’est par manque de rigueur que nous avons traité avec légèreté le casting de nos candidats aux législatives. Ainsi des candidats ont été parachutés dans des circonscriptions où ils disposent de peu de relais alors que d’autres candidats ont débarqué à Nida la veille des élections. Certains accusaient un déficit d’image flagrant aux yeux de leurs électeurs potentiels d’autres des CV des plus sommaires. Dans plusieurs circonscriptions, la sanction des urnes ne s’est pas fait attendre.

Nous avons manqué de rigueur intellectuelle en axant notre communication sur la diabolisation de l’autre au lieu de mettre en évidence un programme que les tunisiens attendent avec impatience. Nous avons manqué de rigueur intellectuelle en poussant vers un prétendu vote utile qui nous a servi pour moitié et fragilisé pour l’autre moitié, en affaiblissant nos alliés les plus proches, El massar, El Moubadara, Afek, El jabha , L’upl et autres démocrates. Par ailleurs, nous avons fait preuve d’insuffisamment d’engagement en laissant le terrain associatif libre aux associations des frères musulmans comme nous avons failli en communiquant insuffisamment avec nos compatriotes dans les régions défavorisées. La station Nida donne parfois l’impression d’émettre uniquement sur une partie du pays et est étrangement en mode silencieux dans les zones défavorisées. N’aurait été la stature exceptionnelle du leader de Nida, nous n’aurions jamais pu prétendre au score réalisé lors des législatives.

A peine les résultats des législatives publiés, beaucoup ont levé le pied. Et c’est ainsi que le candidat de Nida a dû affronter le premier tour des élections présidentielles sans élan. Le score enregistré aux présidentielles semble créditer la thèse que les tunisiens ont voté aux législatives comme aux présidentielles plus pour Béji Caid Essebssi que pour son parti. Ce score est d’ailleurs plus serré que prévu et impose à Nida des négociations serrées avec la plupart des partis et surtout avec Ennahda, Ejabha et L’UPL. Mais indépendamment de ces négociations, l’occasion est belle pour réunir toute la famille démocratique autour de son candidat naturel. La préparation du second tour devrait constituer pour tous un exercice, pour fédérer tous les démocrates chacun dans sa région respective et porter un homme d’état exceptionnel à la magistrature suprême.

Notre réussite à tous passe par une campagne de proximité ou le leader de Nida comme ses cadres doivent aller vers leurs électeurs dans toutes les régions, en particulier et surtout dans les régions où nous avons été jusque-là peu présents. L’élection du candidat de la famille démocratique rendra à la République sa grandeur et redonnera à notre population l’espoir après des années d’attente. La mobilisation de toutes les énergies et la conjugaison de toutes les synergies dépendra de la capacité du capitaine de redonner confiance à tous. Au travail, tous unis pour notre Tunisie.