(Une campagne qui tourne en rond – deuxième partie)

 Vous avez dit des idées nouvelles ?

La Tunisie a pu vivre deux campagnes électorales malgré la menace pesante du terrorisme qui a marqué le cadre général de son déroulement (actes liés au terrorisme, arrestations, surveillance rapprochée des candidats). Ce climat générateur de violence s’est renforcé par des actes dispersés mais méthodiques, de contraintes, de menaces, pugilats et empoignades entre activistes de divers bords. Reste que cet aspect est moins grave politiquement que les pratiques d’achat de voix des électeurs par divers moyens et pratiques vieilles et innovantes qui font honte à tout un peuple et à tout un pays dont on prétend vouloir défendre la dignité. Ainsi, tout le monde parle de « l’argent politique » en termes très vagues, par complaisance, par connivence, par mimétisme ou par alliances partisanes avec un silence complice quant aux responsables. Comme l’enfer, l’argent politique, ce sont les autres !

Toutefois, il est plus important encore de voir et d’écouter les discours des campagnes électorales des différents acteurs. Deux éléments retiennent l’attention quant à ce volet : L’émergence de thèmes que tout esprit républicain et patriote ne peut qu’abhorrer franchement. Le tribalisme et le régionalisme firent irruption, telle l’opposition tripartite, Sahe- Nord-Sud. Tel aussi Taghout- fouloul, opposition musulmans-modernistes et vrais-faux musulmans. Ces thèmes ont varié en volume, en intensité et en fréquence entre 2011 et 2014 mais ils ont été malheureusement présents le long des deux expériences électorales.

Les diverses campagnes des candidats ont révélé un autre aspect, excepté pour Nida et Ennahdha qui ont pu organiser de grands rassemblements, ou l’assistance n’était pas nombreuse par ailleurs, tous les compétiteurs ont du s’évertuer à camoufler la faible assistance en prétendant « innover » dans le style et la méthode. Ils se sont contentés d’organiser des promenades dans les marchés, les places publiques, les grandes artères des villes, les ports et les stations de bus. Du coup, la présentation et les explications des programmes se sont mues en discussions et souvent en bavardages complaisants et cela aussi bien pour les législatives que pour les présidentielles. Du coup aussi, aucune idée neuve n’a vu le jour.

 L’argent de gauche, l’argent de droite

Les hommes d’affaires-candidats ainsi que les partis qui ont « su » trouver l’argent « politique » vont de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par le centre. Ceux là, ils ont pu placarder de gigantesques affiches qui ne signifient rien de politique mais qui en disent long sur cet argent obscur et même noir qui cherche à se blanchir par le biais du marché politique. Si cet argent s’avère tunisien, il faut dire adieu à la noblesse et à la dignité de « la politique ». S’il s’avère étranger, il faut préparer nos larmes et notre sueur pour l’éradiquer ! Si cet argent a pu pénétrer « le marché » politique tunisien, c’est bien grâce à plusieurs facteurs :

Tout d’abord, le prolongement de la politique et la culture « des ordres » des «  partis frères », des ONG « sœurs » et des pays protecteurs et cela pour toutes les tendances politico-idéologiques confondues. Il y’a ensuite les stratégies de dominations étrangères qui visent notre pays ainsi que les ambitions démesurées avec un opportunisme sans limite éthique et patriotique de certains acteurs politiques tunisiens nouveaux et/ou éternels. Il y’a aussi l’émergence d’un nouveau type de « politiciens en smoking » pour qui tout s’achète. Pour eux, on peut acheter aussi bien les idéologies, les causes politiques, les femmes et les hommes et même les pays. C’est pour eux une pure extension du domaine de la bourse.

« L’argent politique », tout comme le terrorisme, se nourrissent du côté obscure qui est en nous et qui trahit la connivence silencieuse et bienveillante qui consiste à appeler un chat, un chien…ou à se demander si cet argent n’est pas une nouvelle marque de Yaourt. Qu’elle est belle est donc cette conception de la liberté d’expression !

Par ailleurs, les prouesses électorales, qui de 2011 à 2014 ont foisonné et dominé le discours électoral, ont traduit le peu de connaissance que les divers candidats ont des réalités économiques et sociales ainsi que des enjeux stratégiques du pays. Leur incompétence voire le peu de sérieux qu’ils accordent à la fonction qu’ils convoitent, sauf pour de rares exceptions, est souvent très manifeste. Ce phénomène pose deux problèmes : Primo, aux partis politiques qui doivent sans tarder s’atteler à la formation de leurs cadres et candidats, secondo, au pays qui devrait trouver une solution politique ou légale à la multiplication des candidatures peu sérieuses aux postes électifs. Ces deux impératifs relèvent de l’obligation méthodique pour la démocratie et l’organisation d’élections libres dont les tunisiens ont toujours rêvé, pour que le pays ne sombre pas dans la médiocrité. Le nombre et la qualité des défis que connaît notre pays, nous impose à se ranger plutôt du coté d’un système de méritocratie générale sans idéologies et sans considérations politiciennes, que du coté de la médiocratie populiste.

(à suivre…)