Houssem, trente-deux ans, issu d’une famille moyenne, a quitté son quartier populaire de Béja « El Hawari » en Tunisie, pour faire des études en informatique dans la capitale. Depuis son plus jeune âge, il est passionné de nature et d’aventures, il fait donc de la montagne la plus proche, son terrain de jeu et de découverte. Quand on lui demandait que voulait-il faire plus tard? Il répondait « Commandant Cousteau ». Dangereusement aventurier pour son âge, il partait explorer les grottes jusqu’à la tombée de la nuit tout en sachant qu’il allait être sévèrement puni. Mais, sans aucune mauvaise foi, personne autour de lui ne l’encourageait à continuer de rêver dans ce sens, car voyager, faire le tour du globe à l’époque, était perçu comme quasi impossible à réaliser, vu les moyens très modestes dont disposait sa famille. Le voyage était réservé à une élite et aux riches. À l’adolescence, cet acharnement pour l’aventure s’est atténué et il débarqua à la capitale pour faire des études, « j’ai suivi le troupeau » dit-il, « la masse ». Néanmoins, une chose était ancrée en lui, la quête de soi.

 Le rêve s’accomplit malgré lui

À la fin de ses études en 2007, il partit en Turquie pour un stage et suite à une mésaventure qu’il lui est arrivée, il se trouve sans papiers. Deux options étaient désormais possibles pour lui: soit passer clandestinement les frontières et revenir, soit payer 500 dollars. Comme il n’avait pas la somme, Il a dû quitter le territoire Turc. En fait c’est là que tout a commencé. N’ayant pas assez de ressources, il choisit la première option avec Google map, il prit alors la direction de Hatay, la frontière la plus proche. Il sympathisa avec le propriétaire d’un petit restaurant et lui raconta son aventure. Ne le connaissant ni d’Ève ni d’Adam, celui-ci lui offrit quand même le gîte et le couvert et l’accueillit dans sa famille pour quelque temps, puis l’aida à rejoindre le côté Turc. Sauf que la police des frontières l’a prit pour djihadiste venant d’Hatay et l’a accueilli avec des coups lui infligeant même des blessures.

Cette drôle de mésaventure lui a rappelé son rêve d’enfance et a réveillé l’aventurier qui dort en lui. Il a ainsi commencé par traverser la région du Moyen-Orient car il avait une grande fascination pour l’Égypte, visita les pyramides puis enchaîna son « road trip » en suivant la route des croisades. D’une civilisation à une autre il s’est retrouvé chez les Amérindiens, les Aztèques, les Mayas, aux pyramides incas, et ainsi de suite…

Toujours en quête de nouveaux défis, Il participa aux fêtes de San Fermin, à Pampelune, capitale de Navarre (Espagne), une célébration de renommée internationale qui se déroule du 6 au 14 juillet de chaque année. Chaque jour correspond à une festivité et le 7 juillet c’est la Corrida, et c’est aussi le jour où notre cher Tunisien a joué le jeu, habillé à la Tunisienne, chéchia et toute la panoplie. Malheureusement la Jebba lui a été interdite par mesure de sécurité. Heureusement, car imaginons le taureau de la Corrida, hyper excité, courant derrière ce « Tounsi » qui s’enfuit, la Jebba à la main. C’est insolite mais c’est très touchant.

000100-houssem-le-sindbad-tunisienEn quête de sensations fortes

Constamment en quête d’aventures, une foi défenseur de l’Environnement, une autre spéléologue, sa devise étant: à chaque destination sa casquette. La peur de l’inconnu s’estompe petit à petit. L’envie de tester ses limites s’agrandit au fur et à mesure, bien évidemment des limites que la société souhaite nous ancrer dans la conscience. Aller au-delà des préjugés, se surpasser, faire preuve de tolérance et d’ouverture d’esprit. « Avant j’avais beaucoup de mal à accepter l’homosexualité, puis un jour à Madrid, Je me suis retrouvé en plein Gay Pride ». Tous les préjugés se sont volatilisés. Il n’y a pas eu d’harcèlement, ni de manque de respect de la part des gays comme on a tendance à le croire. L’homophobie est avant tout une peur, conclut-t-il.

Autre chose que le voyage enseigne, la courtoisie, cesser de s’emporter contre les autres pour une futilité. « C’est typiquement asiatique comme comportement. Les Nordiques eux, m’ont appris à être plus ordonné » lance t-il en philosophe. Être spontané, exprimer ses sentiments sans la crainte de se sentir amoindri, est une attitude, apprise en Amérique du Sud. Savoir dire je t’aime, le dire à ses parents, à ses amis, à la femme de sa vie. « J’ai vécu quelque temps avec des indigènes et des scènes très touchantes m’ont marqué, comme l’amour qu’un homme porte à sa femme, et la façon qu’il a de l’exprimer avec des petites attentions et des fleurs. La femme était loin de correspondre aux canons de la beauté conventionnelle: dents cassées, visage ridé, et pourtant! » Le voyage c’est aussi de chouettes rencontres et de belles leçons de vie.

On peut aussi ajouter à la liste des bienfaits du voyage, savoir dire non, ne plus être timide, ne pas se sentir obligé de tout accepter, assumer ses choix, aller vers les autres, entamer une discussion, être égal à soi-même, mais le plus grand des trésors c’est apprécier ce que la vie nous a offert. « Makrouna diari, un lit confortable, être au chaud, l’eau potable, les rigolades entre amis, le sourire de ma mère, Un bonheur que je ne prenais pas en considération avant de voyager ». La misère des autres et la rigidité de la vie que Houssem a vue de ses propres yeux, lui ont appris à être en phase avec lui-même et a apprécier tout ce qui s’offre à lui. Vivre au jour le jour, ne plus craindre l’avis des autres, ne plus se méfier des gens, voir le bien en eux, même s’ils essayent de lui nuire et passer au-dessus. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, « Bagla liha », ça ne l’atteint plus. « Je ne suis pas parfait, mais j’essaie d’être la meilleure version de moi-même ».

Peu de gens dans leur vie ont su retrouver l’enfant en eux, réaliser leurs rêves car retrouver cette énergie et cet optimisme, est un luxe de nos jours. « Avant toute chose, j’ai appris à être sincère avec soi-même, je ne prétends plus être une autre personne, je ne me sens plus obligé de suivre telle ou telle tendance. Plus besoin de faire comme les autres pour me sentir accepté. À chaque voyage, ma vision de la vie évolue ».000101-houssem-le-sindbad-tunisienVivre pour voyager et voyager pour vivre

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Houssem travaille pour voyager. Il le fait à la fréquence d’une fois par an voir deux maximums. Loin d’être né avec une cuillère d’argent dans la bouche, appartenant à une famille aux moyens très limités, il finance ses voyages à la sueur de son front et n’est pas pris en charge par des organisations. Dommage. En tant qu’informaticien, il ne gagne pas des masses, mais assez pour voyager s’il s’organise assez bien. Les voyages doivent bien être préparés à l’avance, « je fais des recherches sur le net, j’achète des guides, je prends le temps qu’il faut pour le jour j ». Une fois sur place c’est l’improvisation, ce sont les « guests-houses », chez l’habitant, la tente et le sac de couchage. Il a réduit toutes ses dépenses au strict minimum, il se déplace en vélo et ne s’encombre pas de futilités. « J’ai consacré un tirelire spécialement pour ça ». Il y’a des pays où il ne faut pas beaucoup de moyens pour survivre. En exemple, il cite la Thaïlande où un dollar permet de se nourrir convenablement. Autres pays accessibles, le Cambodge, la Malaisie et la Bolivie. Faire un voyage où on visite plusieurs pays est très possible. C’est une question de volonté et d’organisation. Si on a envie de concrétiser un rêve, il faut s’y consacrer corps et âme pour qu’il ne reste pas une simple utopie.

Quand il ne sillonne pas le monde, Houssem fait des randonnées. Inutile de partir à l’autre bout du monde pour vivre un voyage inoubliable.

Entre-temps, une prise de conscience pour l’écologie a surgi chez lui. Le réchauffement de la planète et l’état de la nature se sont imposés d’eux mêmes. Avec ses propres moyens, il essaye de mettre en place des petits projets pour sensibiliser un maximum de gens à l’Environnement. Le petit conseil de Houssem? « Faites les choses par amour et par conviction! ». Voyager libre, c’est voyager sans préjugés, que l’on soit seul ou accompagné. On pourra prochainement le suivre via son blog, toujours en construction, que vous croiserez surement sur la toile. Il est prévu pour le premier trimestre de 2015. Retenez le bien « El Hadj Kacem », la cigogne.

Par N.GOUJA