Est-ce la lutte entre le clan de « l’extérieur » et le clan des « prisonniers » ou la lutte entre sahéliens et sudistes ou le bras de fer entre Ghannouchi et Jebali qui a atteint son paroxysme par la démission fracassante de Hammadi Jebali, de son parti Ennahdha, annoncée avec fracas par ce dernier sur son statut facebook, sans que ses anciens compagnons ne soient informés au préalable de sa décision. ? Toujours est-il que le divorce semble être consommé et que l’on est arrivé à une situation de non retour dans le conflit qui oppose cet ex-secrétaire général du parti islamiste, figure de proue et dirigeant clandestin de l’islamisme militant des trente dernières années, à son maître « shaykh comme il l’appelle » et son patron, Rached Ghannouchi. Il ne faut pas chercher des explications d’ordre idéologique, donc forcément religieuse ou politiques, comme le suggère la déclaration faite par le scissionniste pour légitimer sa décision. Ceux qui voient dans Hammadi Jebali « un modéré » se trompent de personne et d’analyse et il suffit de parcourir cette missive-torpille envoyée contre son rival et éternel patron. En effet Jebali se place cyniquement comme un « révolutionnaire », fidèle aux « sangs de martyrs » qui veut en découdre avec « la contre-révolution » (sic). Il y’a quelques mois, dans une interview à un quotidien arabe il est allé jusqu’à prétendre avoir « dirigé la révolution dans la clandestinité jusqu’au fameux 14 Janvier 2011 », alors que tout le monde sait qu’il se terrait chez lui et que c’est Hédi Baccouche, ex premier ministre de Ben Ali et Hamed Al-Karoui, qui l’ont remis en scelle après le départ de l’ex-Président. Tous les deux avaient fait des déclarations révélant les liens qu’il avait avec eux depuis les années quatre-vingt, solidarité régionale oblige. Il ne les a jamais démenties. Selon lui «  la révolution aujourd’hui est confrontée à des défis majeurs et le danger d’une hypostasie « ridda » interne et externe qui ont mis notre peuple à nouveau devant l’examen suivant : Ou continuer la lutte pour mettre en exécution les maillons de cette révolution pacifique en empruntant une voie tortueuse et difficile. Ou abandonner et capituler et se livrer à l’ennemi (istislam), ce qui mènera le pays (que Dieu ne prédestine pas ça, la qaddar allahou) à un retour en arrière (intikasa), en ramenant notre peuple sous le joug du système répressif et corrompu (il faudrait qu’il explique d’où lui vient l’argent de ses sociétés et de ses voitures luxueuses). Ici Jebali se pose en « sauveur » de « la révolution », posture qui ne colle pas à son profil réel.

Il accuse Ghannouchi de soutenir la « contre-révolution »

Le message délivré par Jebali à ses amis nahdhaouis est clair : Ghannouchi nous mène droit dans le mur en livrant le pays à Nida Tounes qui n’est que l’ancien régime avec un nouvel apparat ! Du Marzouguisme tout craché et pourtant Ennahdha de Rached Ghannouchi n’a fait jusqu’à maintenant, que soutenir le porte drapeau de cette ligne pseudo révolutionnaire en votant Marzougui au premier tour. Alors pourquoi Jebali conteste-t-il cette ligne « révolutionnaire ». Comme toujours, Jebali vit dans sa bulle et ne se rend pas compte que le monde a changé depuis quelques mois et qu’un Tsunami est entrain d’emporter le « Printemps arabe », ce que Ghannouchi a bien compris et tente de sauver sa barque Ennahdha. En même temps Jebali, connu comme proche de certains pays du Golfe, veut sauver sa tête parce qu’il sait qu’Ennahdha va devoir affronter le cyclone qui s’approche surtout que même le protecteur Qatari a fini par livrer ses armes et faire volte face en se rangeant derrière les autres pays du Golfe dans le soutien d’Essisi et du nouveau régime égyptien et que c’est la fin de l’Islam politique et de l’organisation des « Frères musulmans », et que leurs dirigeants sont devenus des parias , pourchassés par Interpol (Quardhaoui). Comme Mourou et Bhiri, lors de l’affaire Bab Souika, qui avaient démissionné, Jebali rend sa carte du parti, parce qu’il ne veut pas assumer les conséquences. Il contribue même à sa déroute et tente de provoquer une scission. Va-t-il réussir ? Ce n’est pas si sûr, lui qui manque tellement de charisme, même s’il ne manque pas de courage ! Mais la partie la plus cynique de sa déclaration est lorsqu’il dit : «  Je me libère ainsi pour me consacrer à une cause que je considère centrale, la défense des libertés en continuant à être du coté des valeurs pour lesquelles la révolution a eu lieu ! ». Trop c’est trop ! Quelles valeurs est-t-on tenté de répondre ? Laisser en liberté les tueurs de Chokri Belaïd ? Pourquoi n’as-tu pas démissionné sur le champ et qu’il aurait fallu que ton propre Gourou te déloge pour mettre à ta place un allié plus sûr ? N’est ce pas sous ton règne ou la milice des comités de défense de la révolution, milices fascistes et extrémistes ont attaqué, jour d’anniversaire de l’assassinat de Farhat Hached, les syndicalistes au siège de la centrale syndicale ? N’est ce pas sous ton règne et via ton protégé le gouverneur de Silyana qui a ordonné de tirer les militants à la Chevrotine, que les habitants de cette ville martyr ont déserté en colonnes leur ville pour te la laisser avec ton cousin ? N’est ce pas sous ton règne que Abu Iyadh a organisé Ansar al Gharia que ton gouvernement protégeait ? Allons donc Monsieur Jebali, ce n’est pas conseillé pour toi d’aller finir ta retraite dans un secteur qui est loin de correspondre à tes convictions et à tes talons. De toute façon on ne démissionne pas d’Ennahdha impunément et tu es bien placé pour le savoir.