A deux reprises, lors d’émissions à grande écoute, TV et Radio et deux jours de suite, Ghannouchi monte en première ligne pour asséner le coup de grâce à son ex-protégé, Moncef Marzougui. Un coup de poignard dans le dos ? Non, car Rached Ghannouchi a toujours dit à qui veut l’entendre parmi ses hôtes, qu’Ennahdha s’est lourdement trompée, en portant Moncef Marzougui au pouvoir. Elle a du d’ailleurs payer le prix fort pour cette faute politique. Mieux que quiconque, les nahdhaouis savaient que le personnage est incontrôlable, versatile et surtout imprévisible. Pas besoin de consulter son dossier médical pour le comprendre. Il suffit de faire une rétrospective sur sa carrière politique qui révèle un personnage sans foi ni loi, sans jeux de mots et au sens propre et figuré. Allez demander à ceux qui l’ont connu et même soutenu dans sa période miséreuse, comme Mezri Haddad, Ahmed Manaï, Ezzedine Hazgui ainsi qu’à tous les « conseillers » qui l’ont récemment côtoyé dans sa période faste, comme Aziz Krichen, Oum Ziyad, et autres « marzoukistes » de circonstances ! En plus en politique, Ghannouchi est plus proche de Machiavel que de Sainte Thérèse. Marzougui n’est plus utilisable et a déjà trop servi. Il a servi récemment d’épée de Damoclès suspendue sur la tête de Béji Caïd Essebsi. Or une telle épée n’est jamais faite pour tuer l’adversaire mais pour le menacer continuellement et c’est de bonne guerre en politique n’en déplaise aux âmes trop sensibles.

 Ghannouchi devient Rached

Ainsi Ghannouchi, qui, avec son parti est l’artisan du nouveau régime politique, (qui fait en sorte qu’il y’a toujours une opposition voire même un conflit permanent entre Le Président de la République et le Président du Gouvernement institutionnellement parlant), devient par la grâce de Dieu un fervent partisan de la « cohésion » entre eux et soutient qu’ils doivent êtres du même bord politique. Il y’a quelque semaines seulement, c’est lui qui parlait de « taghaawwul », forme d’hégémonisme qui entrainerait, toujours selon lui, un retour de « dictature ». D’ailleurs Marzougui n’avait fait que reprendre cette argumentation, mais c’était au premier tour, il est vraie. Qu’est ce qui s’est passé entre les deux tours pour que Ghannouchi redevienne Rached (mature en arabe) ? Le passage de Jacob Wallas, ambassadeur US en poste, surnommé par certains confrères, Le Proconsul, a-t-il été pour quelque chose dans ce revirement spectaculaire, d’autant plus que le refus d’embarquer pour les USA du plus modéré d’Ennahdha, Abdelfettah Mourou a été décrypté par certains observateurs avertis comme un coup de semence contre le navire Ennahdha, déjà à la dérive ? Toujours est-il que depuis cette visite mystérieuse, le feu a pris dans la baraque islamiste jusqu’à voire des chefs historiques de ce mouvement extrêmement discipliné, défier publiquement leur guide et maître, jusqu’à menacer de faire scission, avant de s’aligner progressivement sur ses positions comme le fait actuellement et ridiculement, l’ex- Secrétaire Général et ex-Président du gouvernement d’Ennahdha, le calamiteux Hammadi Jebali. Car Rached qui a toujours eu une longueur d’avance sur ses lieutenants, a décidé de tirer malgré eux de l’enfer ses adeptes toujours attirés de nature par le feu. Il veut plutôt les tirer vers les Edens avec les chaînes. Pour ce, il n’a cessé depuis, de chanter les louanges des biens faits du « tawafek » consensus, de l’entente avec Nida Tounes, de la tâche oh combien exaltante de la reconstruction du pays qui les attends et surtout, cerise sur le gâteau, il leur souffle en catimini, la participation à un gouvernement d’Union Nationale, qui soit dit en passant est aussi le projet de BCE.

Mettre la pédale douce

Pour cela, il suffit de mettre la pédale douce le jour du scrutin et ne pas mettre le paquet pour laisser la voix à son « ami » comme il dit désormais, B.C.E. C’est ce qui donne des cauchemars à Marzougui et à ses illuminés parmi les partis qui le soutiennent, jusqu’à aller quémander un certificat médical à ses collègues de l’Hôpital militaire qui se sont contenté de certifier sur ses aptitudes physiques mais pas mentales. Encore « une folie » au sens dialectal tunisien.

Ghannouchi a lancé une petite phrase assassine lors de son passage, mercredi sur une radio :«Arrêtons de nous griffer mutuellement » a-t-il déclaré, comparant le combat entre Marzougui et BCE à un accrochage entre chats, comme l’a ironiquement commenté un internaute. Assistons-nous à un combat de coqs ? Pas si sûr, car seul Marzougui ressemble actuellement à un coq qu’on vient d’égorger, selon l’adage arabe. Et par qui ? Par son plus fidèle allié Ghannouchi à quatre jours seulement avant le scrutin décisif. Ghannouchi l’a même mis en garde contre la tentation de ne pas reconnaître les résultats qui seraient annoncés par l’ISIE, cette institution légitime et élue selon le Président d’Ennahdha. Cela sonne comme un avertissement d’autant plus que Marzougui a carrément déclaré que s’il perd, c’est parce que les élections auraient été truquées, rien moins que ça ! Jouer avec le feu a toujours été son jeu favori. Il risque cette fois-ci de s’y brûler les doigts.