(Une campagne qui tourne en rond – première partie)

Il ne reste de la bataille politique et électorale des présidentielles que l’opération essentielle : Le choix définitif au second tour d’un Président. Ainsi, un début de bilan de cette entreprise politique et populaire peut être tenté. En effet les élections législatives et le second tour ont-t-ils quelques aspects communs qui reflètent la nouvelle configuration culturelle, idéologique et sociale de la vie politique dans le pays.

Commençons d’abord par écarter la forêt qui cache l’arbre que nous voulons voir : L’ordre démocratique institué dés Janvier 2011, seul grand acquis que le pays a réalisé et qui a permis aux élites et au pays de s’engager dans un processus électoral libre, ce qui constitue déjà un élément fondamental d’une vie politique digne et dont le pays a été privé depuis longtemps.

Un flot de candidatures, mais….

Cependant, les compagnes électorales que nous venons de vivre appellent certaines remarques. Tout d’abord, les candidatures ont coulé à flots, toutes étant partisanes, associatives, régionalistes, générationnelles, socioprofessionnelles, tant au niveau des présidentielles (70 dont 27 seulement retenues) que des législatives (par dizaines dans chaque circonscription). Les tunisiens ont ainsi battu le record mondial. Une lecture simpliste verrait dans cela la découverte en même temps que l’instrumentalisation de la démocratie par les citoyens, mais vue de prés, cela dénote d’une ébullition populiste et individualiste biaisée. Tous les acteurs et chacun parmi eux, pris à part, s’autoproclame apte à gérer les affaires de la cité et à servir les intérêts de la collectivité. A cela s’ajoute une dose de messianisme salvateur. Tous se présentent comme des sauveurs, du pays, du peuple et des régions… Et comme trop de démocratie tue la démocratie, trop de candidatures rendent difficile le bon choix. L’électeur s’est trouvé donc devant un dilemme ainsi que devant le syndrome des jeux du hasard (Promo sport), rendant difficile un choix partisan.

A la soif démocratique des tunisiens, les candidatures n’ont pas répondu par une offre traduisant une vision de l’avenir et de l’immédiat national. Elles ont plutôt traduit le bouillonnement des ambitions légitimes et illégitimes ainsi que les ambitions personnelles, des fois inquiétantes. La confection des listes a donné lieu à des divisions sans fin au sein des partis politiques, ce qui explique en partie la multiplication des listes indépendantes et la chasse aux cautions (tazkiet) pour les présidentielles. Cela nous a donné un spectacle indigne et triste, mêlant l’achat des signatures contre du cash à d’autres travers. La lecture simpliste ne s’offusque pas de ça et le conçoit comme un phénomène marginal conséquence de la pratique démocratique. Un simplisme grave à notre sens car ce même phénomène a déjà eu lieu lors des élections de 2011 et ce sont les mêmes commentaires qui ont tenté de nous rassurer que cela ne se répètera pas. Or ces pratiques déviées se sont même « améliorées » en image, en forme et en technique, ce qui présage que c’est devenu un ancrage plutôt qu’une déviation passagère. En fait, le code électoral actuel , tant pour les législatives que pour les présidentielles et compte tenu de l’environnement politique et culturel actuel dominé par le populisme, fait que la pratique électorale ne produira pas un renouvellement de l’élite politique, mais se limite à une rotation de secteurs de cette « élite » selon des rapports de force produits par des facteurs nuisibles comme l’argent politique, la réactivation du clanisme tribal et régionaliste et la banalisation du discours politique articulé sur les différents projets de société en conflit pour se muer en discours light visant à tromper, séduire, plaire à la masse des indécis et des non avertis, plutôt qu’à convaincre ou à fabriquer une opinion publique éveillée. Ceci est valable pour tous les acteurs sans exception, partis, associations, médias, organismes socioprofessionnels.

(à suivre…)