L’historien Alexander Adler, directeur scientifique de la chaire de géopolitique de Paris-Dauphine, dans une interview accordée au journal électronique « Atlantico » a noté que la victoire de Béji Caïd Essebsi s’inscrit dans le cadre de la naissance d’une « coalition anti-islamiste dans le monde musulman ». Il déclare : « Or c’est contre l’aveu des américains que les mouvements populaires égyptiens et le Maréchal Tantawi ont chassé les frères musulmans. C’était la surprise du politiquement correct français que le retour d’Habib Bourguiba s’est effectué en Tunisie ». Selon lui, cette coalition démontre que les musulmans finissent par trouver eux-mêmes des solutions, sans avoir besoin d’être guidés comme des enfants. La naissance de cette « coalition » est selon ce spécialiste le principal évènement en 2014 à l’échelle mondiale et elle serait déterminée par cinq points forts.

. L’avance inexorable de l’Iran vers un accord nucléaire avec les USA

. La mobilisation de plus en plus « militaire » contre Daech

. La solidité d’un axe Egypte-Arabie Saoudite dirigé contre les frères musulmans un peu partout dans la région du moyen Orient

. Les spectaculaires élections démocratiques tunisiennes qui ont éconduit définitivement le parti islamiste Ennahdha

. La déclaration de guerre des Talibans au Pakistan après l’attentat de Peshawer ;

Le politologue considère donc que la victoire du mouvement séculier Nidaa Tounes sur le mouvement islamiste Ennahdha, est loin d’être un fait isolé mais il s’inscrit dans le cadre d’une dynamique globale qui met fin à l’hégémonie de l’Islam politique et inaugure une autre ère caractérisée par une « autonomie politique du monde musulman », à rebours de nombreuses considérations paternalistes des observateurs et décideurs occidentaux à leur égard.